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L'extraordinaire polysémie du langage et la variété de ses fonctions ne manquent pas de frapper et de poser question. Tout le monde apprend à parler (sauf cas très particuliers) mais ce qui se dit entretient des rapports éminemment variables avec le factuel, le matériel, l'objet externe dans sa relation dialectique avec l'objet interne, le désir et les différentes instances psychiques. On peut ajouter que la parole exerce un impact et prend une coloration différente suivant qu'elle se déploie ou non dans l'aire transitionnelle et qu'elle laisse une place importante ou minime à l'affect.
Le code civil, un théorème mathématique, le mot d'esprit, le libellé d'une contravention et un sonnet de Shakespeare s'expriment tous en mots mais dans quel langage et qu'est-ce qui en fait les étonnantes différences? Il est plus facile de poser ces questions que d'y répondre et je me bornerai ici à n'envisager que certains éléments à l'œuvre dans l'avènement de la pensée et l'élaboration langagière, prise ici dans son sens large, c'est-à-dire que mention sera faite aussi des signes non verbaux d'expression et de communication.
Nous partirons de l'axiome suivant lequel le langage, fût-il aussi riche, évocateur et précis que possible, ne peut rendre compte de la totalité de la vie psychique et qu'il existera toujours un « reste mental ou protomental non langagier » avec lequel la parole entretient des relations, certes, mais qui ne peuvent êre que partielles. Nous allons tenter de cerner certains aspects de la nature de ces relations et de ce reste non langagier.
Une constatation s'impose d'emblée. Le recours au langage n'implique pas nécessairement la participation de l'ordre du secondaire élaboré. Dans certains cas, les mots, qu'ils soient entendus ou proférés, perdent leur qualité de représentance et de substitution de la chose ou de l'objet dont ils sont censés rendre compte. La fonction de médiatisation de la parole s'est évanouie et les mots revêent les caractéristiques de la concr