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Pierre Luquet pose le problème du dicible et l'indicible dès le début de son rapport (p. 7). Il traite du dicible et des formes de le dire surtout dans le chapitre sur la « langue riche » (p. 82-105). Quant à l'indicible: « La pensée verbale adaptée au groupe et issue de lui, apparaît comme une tentative pour échapper au moi profond », (p. 101). Du point de vue ontogénétique: « Un enfant trop vite secondarisé et socialisé risque d'utiliser le langage commun avant tout comme défense et d'apprendre à ne pas exprimer tout en gardant le contact de la parole » (p. 81).
Le mot même qui désigne l'opération fondamentale de la pensée verbale, le terme d'abs-traction, reflète le double aspect de la pensée verbale. Le langage nous oblige à nous éloigner des objets afin de les cerner et de les saisir au niveau verbal. Il faut faire abstraction d'une multitude de traits qui constituent tout objet, ainsi que des fantasmes intimement liés, entremêlés aux traits objectifs. Le processus de la séparation et de l'individuation est récapitulé au niveau mental. Une série de métaphores qu'on retrouve dans des langues apparentées et non apparentées révèlent la présence de la pulsion d'agrippement1 qui sous-tend le processus de l'approche paradoxale de la réalité, la prise mentale de l'objet par l'éloignement, par abstraction. La pensée conceptuelle est une dérivée de la prise manuelle, con-capio; la compréhension se réclame de com-prendre; de même, le mot russe ponjatie « concept », ponimatj « comprendre » sont reliés à poimatj « prendre, saisir ». Un changement du préfixe transforme le hongrois megfogni