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Stat rosa pristina nomine nomina nuda tenemus.
La rose d'hier reste une rose de nom; nous ne connaissons que des noms. S'il est vrai que le nom révèle l'essence des choses, dans le nom de la rose se trouve la rose: rose idéale, originelle, primordiale. Derrière les noms que préservent les livres, se conservent les choses. D'où le redoutable pouvoir des bibliothèques. C'est là le sens du roman d'Umberto Eco, contenu dans l'hexamètre latin qui clôt le livre.
Comment se nouent et se dénouent les liens entre les mots et les choses? Les choses sont-elles en quêe de mots ou bien les mots sont-ils à l'affût de choses pour leur donner corps? Quelles transformations s'opèrent au cours de la liaison entre les mots et les choses? Comment expliquer qu'un tout petit mot, un « nicht », une négation, renvoie à toute une chaîne de motions inconscientes? « Ce n'est pas la mère… alors c'est la mère. » Rosa, c'est ma mère.
On voit bien ces mouvements d'affect en quêe de formes verbales dans le cas de Jean rapporté par M. Ody. La représentation de mot métro va cristalliser les investissements d'une multitude d'éléments mnésiques éclatés. Son rôle de signifiant linguistique s'efface devant les multiples liaisons avec des représentations de chose qui vont conduire au fantasme de scène primitive. La rencontre de Phomme-pieuvre avec la machine à laver (4e dessin de Jean) donne un contenu à ce fantasme originaire fixé sur l'objet phobogène. En une formule condensée on pourrait dire: « Elle l'ai métro. »
La complaisance du matériel linguistique chère à Freud, la magie du verbe aussi qu'il évoque à plusieurs reprises, pourraient s'éclairer si on connaissait mieux ces connexions (Verknüpfungen) multiples entre les mots et les choses.