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Freud analysait dans au moins deux langues — l'allemand, évidemment, et l'anglais. Dès les débuts de sa célébrité, il reçoit des « étudiants » américains et anglais. Quelques-uns, Wortis, par exemple, parlaient l'allemand — dans l'ouvrage où il fait le récit de son analyse avec Freud, il cite en allemand de nombreuses phrases de celui-ci1. C'était naturellement aussi le cas du couple Strachey, les célèbres traducteurs. Dans une lettre à Laforgue, qui lui recommande Marie Bonaparte pour une analyse, Freud dit: « Une… condition serait que la princesse parlât allemand ou anglais. Je ne me fie plus à mon français depuis longtemps. »2 La cure de Hilda Doolittle semble bien s'êre déroulée en anglais, car, lui écrivant peu de temps après leur séparation, il lui dit « Pardonnez-moi de vous écrire en anglais… je ne parviens pas à me rappeler jusqu'à quel point je puis faire confiance à votre connaissance de l'allemand. »3
Donc, le maître analysait dans au moins deux langues. Il en parlait trois autres: le français, assez bien pour avoir traduit plusieurs ouvrages en allemand et avoir écrit directement en 1895 « Obsessions et phobies »4: l'italien, grâce probablement à ses nombreux et ardemment souhaités voyages dans la péninsule; l'espagnol, qu'il apprit tout seul, à l'adolescence, en lisant Don Quichotte. Petit enfant, à Pribor, il avait parlé le tchèque, mais l'avait oublié et il ne lui en restait consciemment qu'une chanson5.