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Le beau rapport de P. Luquet nous offre l'opportunité de réfléchir aux problèmes qui se posent lorsqu'un sourd intervient dans un dialogue. Nous réservons pour une autre occasion d'examiner ce qui concerne le sourd lui-même, préférant pour cette fois nous intéresser à la personne qui entend normalement et qui parle à un sourd.
Le dialogue normal, ce sont deux personnes qui se parlent et qui se comprennent. Lorsque l'une des deux est malentendante (sourde selon une dénomination impropre mais usuelle), leur échange verbal est affecté d'un caractère particulier. Ce qu'il offre à l'observation permet d'inférer que tout dialogue normal recèle une régulation habituellement inapparente. Selon notre hypothèse, cette régulation du dialogue normal consiste en ce que chacun des interlocuteurs effectue une adéquation permanente de son discours, de son expression et de son élocution aux facultés de perception et de compréhension de l'autre; il effectue cette adéquation dans des limites compatibles avec son économie pulsionnelle. Pour ce faire, il met en jeu sa relation d'objet, des mécanismes projectifs et son complexe de castration. Cette liste n'est d'ailleurs pas limitative.
L'analyse d'une histoire de sourd va nous permettre d'illustrer notre propos. Histoire de sourd, au singulier, et non de sourds, au pluriel, car les incompréhensions croisées repérables dans un dialogue entre deux sourds ne nous apporteraient rien de démonstratif.
Voici l'histoire: un homme a l'impression que sa femme est en train de devenir sourde, et il décide d'en avoir le cœur net. Lors d'une promenade dans un parc, marchant à 10 pas derrière elle, il lui demande à haute et intelligible voix: « Tu m'entends, Georgette? » Pas de réponse. Il se rapproche de 5 pas et repose sa question sans plus de résultat. Véritablement inquiet, il vient tout près d'elle: « Tu m'entends, Georgette? — OUI, OUI et OUI, pour la troisième fois, je t'entends. » (D'après Sourdine.)