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C'est avec le plus grand intérê que j'ai lu et relu le rapport de Pierre Luquet pour ce LXVIIc Congrès des Psychanalystes de Langue française. Le thème m'a d'autant plus fait vibrer que j'ai moi-même publié un rapport sur Les troubles de la pensée, lors du premier Congrès des Psychanalystes de Langues romanes, tenu à Lisbonne en 1968. Mon cher Pierre Luquet, vous avez toujours appuyé ma participation à toutes les activités scientifiques luso-françaises, soit pendant les Congrès dont vous avez été si brillamment le secrétaire scientifique, soit lors des Séminaires qui se sont déroulés sous votre direction à Lisbonne, pendant plus de vingt ans. Cependant dans votre rapport, mon essai de 1968 sur un thème assez proche n'est, si je ne me trompe, jamais cité. Cela est certainement dû aux différences théoriques qui nous ont toujours séparés. J'étais à Lisbonne le kleinien, le bionien, le disciple du diable, et vous le représentant d'une orthodoxie freudienne stricte (si cela existe). Malgré le fait de cette différence, je ne veux pas, dans ce Congrès, où les Portugais sont venus nombreux, ne pas « réagir », ne pas donner le résultat de quelques réflexions personnelles; ce sera ma façon de témoigner ma reconnaissance pour ce que j'ai reçu de vous.
Le problème des origines est toujours délicat, mais les psychanalystes ont besoin d'y avoir recours pour éviter la régression infinie qui les mènerait à la neurophysiologie, à la chimie, à la physique, sans jamais réussir à fonder les premiers principes d'une psychologie. Dans le domaine des origines de la pensée et du « penser » il faut distinguer, d'une part, un système de représentations plus statique, davantage lié à la perception et au souvenir, et d'autre part, le « penser », équivalent d'une action qui transforme ce qui nous entoure. Dans d'autres terminologies, on parle respectivement de « figuration » et d'« opération ».
Le début de la figuration serait marqué, pour Freud, par les « images motrices » des mouvements et des