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Pierre Luquet nous a donné un panorama de sa pensée qui met l'accent sur l'aventure, sur le caractère prospectif du travail psychique et de la cure. En contrepoint, la discussion topique de François Gantheret nous invite à une retrospection fine sur les contradictions de notre pratique et de nos points de vue théoriques. C'est à ce niveau que je verrais leur complémentarité plutôt que dans la conciliation impossible de conceptualisations différentes
Un des points de contradiction important entre eux, c'est que Luquet parle de représentations primaires et d'équivalents symboliques dès l'orée de la vie psychique, ce qui suppose une théorie psychanalytique du symbole ou, plutôt, de la symbolisation avec plusieurs niveaux de symbolisation. C'était déjà la conception de Daniel Lagache et celle que Nicolas Abraham a développée avec le maximum d'ampleur.
Gantheret l'argumente en lui opposant un autre concept de symbole, repris de Peirce par divers psychanalystes dont Laplanche. La notion d'idole et l'usage qu'il en fait sont fort intéressants, avec sa valeur de représentation-chose et le tremblement qui l'affecte. Il me semble montrer ainsi, à ce niveau de symbolisation, le double risque que le sujet s'annihile dans l'idole si la fusion symbolique était complète — retrouvant l'angoisse originaire d'anéantissement — ou voie l'idole s'écrouler si la défusion était complète — le renvoyant à la déréliction totale. Ce double risque est présent aussi aux autres niveaux: l'opération symbolique suppose une oscillation entre fusion et défusion sans qu'aucun des deux mouvements ne s'accomplisse totalement.