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« Ce qui s'exprime dans le langage nous ne pouvons l'exprimer par le langage. »
L'accès au langage est une opération ambivalente; nommer quelque chose intègre la totalité des pertes de l'objet, nous a dit Pierre Luquet, au cours de ce Congrès. « Le langage fait partie de l'effort pour établir un contact entre deux êres séparés par l'individuation », écrit-il dans son rapport.
Ces termes d'effort, de séparation, d'individuation évoquent l'idée d'une violence. Michèle Perron, dans son intervention, a situé cette violence du côté de la prise de parole de l'enfant, acte d'appropriation, acte d'individuation reposant sur une reconnaissance mutuelle d'identité entre l'enfant et sa mère. Mon intervention porte, a contrario, sur la violence de la désappropriation par le langage, lors du passage du corps au code, lorsque les mots-corps doivent se détacher du corps de la mère ou du corps de l'enfant, pour devenir des mots-code. Ce passage se fait dans les deux sens, comme nous l'ont si bien rappelé Michel Ody et Ruth Menahem.
Voici comment une jeune patiente âgée de 20 ans, en psychothérapie, vit dans la violence du transfert et de l'après-coup ce moment où les mots trahissent les choses et où les choses trahissent les mots.
Juliette arrive à une séance en larmes. Son ami Romain, avec lequel elle avait jusqu'à présent des relations sexuelles non conflictuelles, lui a dit « je t'aime ». C'est le drame. Huit jours plus tard elle redouble de sanglots. Il lui a demandé en retour un « je t'aime » qu'elle n'a pas pu prononcer. C'est la panique.