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Il s'agit d'un livre écrit par des témoins. Les témoins d'un traumatisme originaire qui les a vus naître, enfants des déportés ou enfants des bourreaux, déjà coupables ou bien victimes. Gilles Perrault l'écrit dans sa préface: « Ce que les bourreaux cèlent depuis bientôt cinquante ans aux juges d'instruction, aux journalistes, à leurs voisins, ils l'ont avoué, fût-ce par leur silence, à leur progéniture. Ces enfants sont nos agents secrets au cœur de la forteresse opaque. »
Ce que renvoient ces enfants, l'écrivain l'éprouve lui-même le jour où ses fils l'accusent d'avoir été une sorte de ss pour avoir servi, pendant la guerre d'Algérie, dans un régiment de parachutistes. Le coup est rude pour l'admirateur de Jean Moulin et de Marcel Rayman face au peloton d'exécution, vivant dans la dévotion de la résistance.
On oublie les fils des fusillés et des moudjahidines, mais le regard de ces enfants dénonce notre indulgence face à la guerre coloniale. Ils sont témoins de nos clivages, de nos oublis, de notre désir de non-savoir.
Les interviews réalisés par Paul Sichrovsky témoignent de ce que nous savions déjà après le procès Barbie, après le film de Claude Lanzman. Bourreaux à la retraite, habités par l'inébranlable certitude nazie, fidèles à leur idéologie, aucun d'eux ne renie son passé. Après Auschwitz, Heidegger se tait ou, pour reprendre A. Glucksmann, Heidegger denkt nicht.
Mais pour ces enfants, « la présence des morts détermine leur façon de penser et d'agir ». Ces morts sans sépultures gisent dans leur mémoire, déterminant une blessure toujours ouverte, un traumatisme toujours actif.
Le trauma c'est ici cette mémoire, ce dépôt d'une génération d'assassins qui persécute sa descendance et qui fait naître ses enfants à la fois coupables et à la fois victimes.
« La faute me poursuit », écrit Rudolf, qui choisit l'homosexualité et l'étoile rose pour atteindre son père nazi, « elle finira bien par me rattraper! »