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Voici près de vingt ans que K. R. Eissler, pourtant bien connu parmi nous pour des travaux éminents, dévoue une partie d'un temps certainement précieux à un combat contre une ombre.
On se souvient peut-être du livre de P. Roazen1 sur L'histoire de Freud et Tausk, ouvrage de « pop-histoire » selon le mot acéré de J. Malcolm2, qui nous livrait le cheminement d'une enquête de Série noire à la recherche du « secret » paraissant entourer le suicide de ce brillant disciple viennois le 3 juillet 1919. Pour P. Roazen, « historien » et non psychanalyste, maniant sans complexe l'interprétation de l'inconscient à l'instar de faits de réalités, Freud n'avait pas été sans intentions homicides envers V. Tausk et cela aurait plus ou moins inconsciemment acheminé celui-ci vers son suicide. Une telle remise à l'ordre du jour de cette personnalité riche et conflictuelle méritait réflexion: « Pourquoi n'était-elle pas partie du milieu psychanalytique? » Il y avait là, certes, du reportage à sensations; mais P. Roazen apparaît comme un enfant de chœur auprès de détracteurs de Freud tels que Jeffrey Moussaïeff Masson, ou encore Peter Swales qui frayèrent dans ces années-là et peuvent nous apparaître comme plus franchement délétères.
Or, voici que Kurt R. Eissler partit en guerre avec le projet affiché de dénoncer les supercheries de P. Roazen, mais par le moyen beaucoup moins clair d'une véritable instruction judiciaire concernant la psychopathologie de V. Tausk, et ceci pour défendre nommément la mémoire de Freud, offensée à ses yeux par P. Roazen. Ceci nous valut d'abord la somme volumineuse de Talent and Genius3,