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L'expérience de la perte — affect et représentation —, cliniquement entendue, comporte constamment selon l'auteur du rapport, une sorte de démesure qu'on retrouve avec une notation (déniée ou non) de manque, au principe de toutes les demandes d'analyse. C'est seulement à partir de la clinique d'un tel vécu qu'on peut mettre en évidence, par induction, les caractères de l'objet manquant et inaccessible qu'elle postule. Freud a précisément choisi cette voie pour élaborer ses vues sur la souffrance dépressive, et donner toutes ses dimensions au concept d'objet dans la psychanalyse. Il a abouti à des résultats remarquables, qui semblent cependant encore insuffisamment pris en compte. L'auteur du rapport montre qu'il est revenu pendant plus de trente ans sur « l'énigme quantitative de la douleur », avant d'atteindre un modèle qui le satisfasse. Les grandes étapes de sa pensée sur ce thème (1895, 1905, 1915, 1925-1926) l'amènent à confronter une problématique de base constante avec les nouveaux concepts qu'il introduit successivement entre ces étapes. L'objet interne, l'étayage et le premier dualisme pulsionnel, l'auto-érotisme, le narcissisme sont l'un après l'autre essayés. Mais la résolution exigera surtout (ce qui n'a pas toujours été compris) le croisement des notions d'originaire et d'après-coup, avec l'idée, nullement hétérogène à l'analyse, comme on l'a parfois prétendu, d'un héritage identificatoire qui, sexualisé dès la naissance et marqué par l'Œdipe, est dit phylogénétique et préhistorique. Freud suggère que cet héritage est « transmis » sous le refoulement primaire par des identifications archaïques véhiculant une sorte d'hystérie précocissime. C'est sur ce fond obscurément structuré de la psyché que travaillerait dans l'après-coup l'ontogenèse. Il se produirait une manière de renversement structurant de la « préhistoire », déjà-là mais insignifiée, correspondant à l'organisation psychique de la mère et des parents (porteurs de leurs propres identifications généalogiques croisées et emboîtées selon le modèle générique œdipien, et influençant directement leurs enfants dans le cadre des interactions familiales), en une histoire personnelle dotée de profondeur. La rétention, le masochisme érogène et l'auto-érotisme de registre anal, dans une perspective bien repérée par Freud en 1924, joueraient un grand rôle dans cette élaboration du rapport dedans/dehors, Moi/autrui, arrière/avant.
L'auteur soutient, en référence à de nombreux travaux contemporains, que l'actuelle clinique, et les avances théoriques les plus récentes de l'analyse tendent à s'inscrire en faveur de cette lecture de la suite des écrits de Freud sur l'objet et sur la perte. Il montre qu'il y a dans le jeu complémentaire du transfert et du contre-transfert, comme empiétement psychique, ou effet de séduction des partenaires de la cure l'un sur l'autre, une mise en abyme régressive — s'opérant par une sorte de méconnaissance consentie ou de déni à deux (engageant une part inconsciente, libérée par l'attention flottante, du fonctionnement de l'appareil psychique de l'analyste) de la « préhistoire » et de l'histoire irreprésentées du patient au sein de la préhistoire et de l'histoire fantasmatiques du praticien. Cette transgression-contagion-transmission (Úbertragung) transférentielle assistée contre-transférentiellement travaille, dans le champ de la cure, sous le contrôle de l'analyste pour restaurer la fonction de limite vivante du préconscient, organisant à l'aide du langage une topique transitive qui est ensuite réappropriée et internalisée par le patient. Cela pour que l'individuation et la différenciation de l'image de soi dans le rapport à l'image de l'autre, avec leurs appartenances propres, deviennent suffisantes pour autoriser dans la distance reconnue une communication vraie, et que la séparation soit désormais possible. Ce qui correspond à l'engendrement, ou au réengendrement, de la capacité d'aimer (la « philogenèse ») sans fuir ni fusionner psychiquement avec autrui.