You do not currently have permission to view the full text for this document. Please sign in to an account with an active subscription or contact support.
Qu'en est-il, dix ans après sa mort, de la trace laissée dans le mouvement psychanalytique par la personne et l'œuvre de Bion? Il eut de nombreux « élèves » directs, analysants et supervisés, tant à Londres où se déroula la plus grande partie de sa carrière qu'à Los Angeles où, à la surprise générale, il décida d'aller la terminer. Mais il est clair que son influence s'est aujourd'hui étendue bien au-delà du « groupe kleinien », elle touche l'ensemble du mouvement analytique, bien que sans doute de façon très variable. Certains analystes se sentent très allergiques à son mode de pensée et le contestent plus ou moins totalement. Comme l'écrit F. Tustin dans le texte qu'elle a consacré au souvenir de son analyse personnelle avec Bion, celui-ci n'était pas homme à éveiller des sentiments modérés, « il dérangeait ». Dans le tome 3 de son Développement kleinien consacré à « La signification clinique de l'œuvre de Bion », D. Meitzer évoque avec beaucoup d'humour trois des formes éventuelles de résistance à cette œuvre (la tourner en ridicule, en annuler l'aspect novateur ou encore tenter de la récupérer au profit de l'establishment analytique), résistances que chacun de nous peut, peu ou prou, développer en soi, en réaction aux efforts exceptionnels qu'exige Bion de son lecteur. Est-il possible aujourd'hui de mesurer le saut, la rupture, peut-être le « changement catastrophique », pour reprendre l'un de ses concepts, qu'une telle œuvre installe au sein du mouvement psychanalytique?
Si ces questions se trouvaient bien à l'arrière-plan de nos pensées en travaillant à la préparation de ce numéro, nous savions aussi que nous ne pouvions, bien entendu, y apporter que des éléments de réponse très partiels et provisoires. A tout seigneur tout honneur, nous avons tenu à commencer ce numéro par un article de Bion inédit en français. Notre choix s'est porté sur la communication orale qu'il avait faite à un Colloque international sur les états borderline, auquel avaient participé des