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Dans cet article qu'il m'a été demandé d'écrire sur Wilfred Bion en Californie, j'essaierai de me limiter à des observations personnelles sur l'homme et sur sa vie et son œuvre à partir de 1968, au moment où il quitta l'Angleterre pour venir travailler en Californie.
Pourquoi Wilfred Bion, qui avait été directeur de la London Clinic de 1956 à 1962, président du British Institute de 1962 à 1965, qui avait vécu et travaillé à Saint John's Wood, qui avait enseigné et formé des analystes, et qui s'était consacré à écrire et à traiter des patients, décida-t-il à l'âge de soixante-dix ans d'abandonner tout cela pour aller s'installer en Californie? Je me souviens de la célébration de son soixante-dixième anniversaire qui eut lieu conjointement à celle de Willi Hoffer. La British Society avait donné une fête pour honorer l'homme qu'elle tenait pour l'un de ses membres les plus éminents. Comment s'expliquer qu'un homme de cet âge, bien établi, couronné de succès, honoré et très demandé dans un institut important, puisse décider de déménager et de réinstaller son exercice et son foyer en Californie du Sud, ce qui est après tout l'autre bout du monde ? Cela n'était certainement pas en vue d'une ascension sociale. En Californie, le climat culturel et psychanalytique n'est pas comparable à celui de New York ou de Londres. Et tandis qu'à Londres Bion était un médecin, un psychanalyste réputé et à l'abri de tout souci pour le restant de ses jours, en Californie du Sud il n'était connu que de peu de gens; il aurait à pratiquer sans la protection d'un diplôme médical ni d'une assurance professionnelle, dans un pays de procéduriers, dans un milieu comportant peu d'amis et un grand nombre de gens hostiles au travail de Melanie Klein, sans parler de celui, encore inconnu, de Wilfred Bion.
Ce n'est pas facile à expliquer, et nous ne pouvons que nous livrer à des conjectures. Wilfred Bion avait combattu, lors de la première guerre mondiale, dans le Royal Tank Corps comme lieutenant-colone