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Deux amis discutaient un jour de l'origine du langage sans arriver à s'entendre et prirent à témoin un tiers susceptible de les départager. L'un des deux exposa le problème ainsi : « [Il] prétend… qu'il y a pour chaque chose un nom qui lui est naturellement approprié et que ce n'est pas un nom que certains hommes lui ont attribué par convention, en lui appliquant tel ou tel son de leur voix, mais que la nature a attribué aux noms un sens propre, qui est le même [pour tous]… Pour moi, après en avoir souvent raisonné et avec lui et avec beaucoup d'autres, je ne saurais me persuader que la justesse du nom soit autre chose qu'une convention et un accord. Il me semble que, quel que soit le nom qu'on donne à une chose, c'est le nom juste, et que, si par la suite on en met un autre à la place et qu'on renonce à celui-là, le second n'est pas moins juste que le premier… car aucun objet ne tient jamais son nom de la nature, mais de l'usage et de la coutume de ceux qui l'emploient et qui en ont créé l'habitude » (Platon, Cratyle, p. 441-442).
Ce débat se situait il y a près de deux mille cinq cents ans; ces deux amis s'appelaient Cratyle et Hermogène; et leur interlocuteur et aîné, c‘était bien sûr Socrate. La discussion est, on le sait, rapportée par Platon dans son célèbre dialogue « Cratyle ou sur la justesse des noms ». Selon la thèse conventionnaliste soutenue par Hermogène, le sens est dans le langage et conduit à lier l'arbitraire du signe à une position intellectualiste où selon l'expression de Platon prêtée à Socrate « l'homme est la mesure de toutes choses », ce qui risque d'entraîner la multiplicité des langages privés et équivoques. Selon la thèse naturaliste soutenue par Cratyle, le sens est d'abord dans les choses et préexiste au langage, ce qui entraîne l'hypothèse d'une motivation primitive du signe, qui serait, tout comme le tableau, une « imitation » de la réalité : d'où l'idée de l‘être comme mesure de l'homme qui oblige à supposer un « artisan des noms », un