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Depuis plusieurs années, Bernard Penot consacre l'essentiel de ses recherches au déni. Son livre nous présente, sous une forme synthétique, le riche matériel clinique qui l'a amené à soutenir une thèse originale à ce sujet. Il nous rappelle d'abord que, pour Freud, le déni (Verleugnung) est ce « mécanisme, analogue à un refoulement, par lequel le moi se détache du monde extérieur » dans la psychose. Le déni ne peut se concevoir indépendamment du clivage du moi. L'héritage de Freud laisse la problématique du déni largement ouverte: les différentes sortes de déni, leur origine, leurs relations avec les autres formes du négatif et la possibilité de leur interprétation sont au cœur du débat psychanalytique contemporain. Les élèves de Melanie Klein décrivent comment les patients psychotiques dénient, clivent-et-projettent (split off) leurs fantasmes archaïques dans l'analyste. Ceux qui n'acceptent pas la notion d'identification projective, comme Dorpat, conçoivent également le déni comme une opération active du patient psychotique. Dans ces conceptions, le déni est bien « un mécanisme analogue au refoulement », et le psychotique ne diffère du névrosé que par la nature plus archaïque de ses fantasmes, la profondeur de sa régression, et le caractère narcissique de son transfert.
B. Penot pense qu'en se représentant le déni ainsi on en fait l'opération d'un sujet, et qu'on ne prend alors pas suffisamment au sérieux ni le clivage du moi, ni l'aliénation psychotique. Le clivage du moi rend bien compte de la tragique réalité de la psychose: il n'y a plus de « sujet » aux commandes de l'appareil psychique. Les adolescents gravement psychotiques ou borderline dont B. Penot s'occupe à l'hôpital de jour du « CEREP » n'ont longtemps ni fantasmes préconscients, ni véritable transfert. Son expérience clinique le pousse donc à faire du déni et du clivage du moi des mécanismes tout à fait distincts du refoulement ou des formations réactionnelles.