You do not currently have permission to view the full text for this document. Please sign in to an account with an active subscription or contact support.
Piera Aulagnier est morte à Paris le 31 mars 1990. A quelques mois de cette perte, c'est avec tristesse, émotion, respect et exigence de témoignage que je vais essayer de présenter son œuvre, le meilleur hommage à rendre à cette grande figure de la psychanalyse française et internationale.
Je n'évoquerai pas son rôle historique dans l'évolution de la psychanalyse en France, qu'elle a su préserver de toute séduction médiatique avec indépendance et rigueur, non plus que son travail et son animation dans son groupe analytique (IVe Groupe, groupe OPLF).
Elle fut cofondatrice de la revue L'Inconscient en 1967 puis de Topique à partir de 1969, revue de haut niveau dans laquelle elle publia de nombreux articles, revue ouverte, pluraliste des différents courants analytiques et respectueuse de la pensée des auteurs.
L'expérience clinique et la théorie toujours reprise, approfondie, enrichie, intimement liées, en ont fait, ainsi que sa participation à de nombreux congrès et colloques nationaux et internationaux, ses séminaires au long cours et variés, ses livres enfin, une personnalité généreuse, respectée, aimée par beaucoup.
J'ai eu la chance de la connaître et je peux témoigner de sa curiosité de l'autre, de sa sensibilité, de son ouverture hors « establishment », de sa lucidité engagée dans nombre de domaines, de son humour chaleureux, de son plaisir de vivre.
Elle avait sans cesse besoin de communiquer, d'échanger, de partager, d'enseigner; elle a montré la nécessité de la présence des autres, comme assise narcissique, et prime de plaisir, notamment dans sa préface aux Destins du plaisir, livre issu de son séminaire de Sainte-Anne (PUF, 1975).
Il existe dans cette œuvre, jamais confinée au seul champ du discours dissocié de la pratique, un vaste champ théorique, dont les sillons sont bien tracés et bien semés d'inventions conceptuelles qu'on voit germer au fil des écrits, dont on perçoit les greffes pour une meilleure moisson, mais aussi le terreau freudien.