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Les psychanalystes, dit-on, se recruteraient parmi les médecins qui ne supportent pas la vue du sang. La pathologie somatique semble, en tout cas, avoir sur eux des effets traumatiques qui, si l'on en croit Michel Fain, aboutiraient à des sentiments pour le moins ambivalents vis-à-vis. du groupe des psychosomaticiens.
Un entretien avec un cardiologue, qui cependant pensait que, dans certaines circonstances, un rêve était susceptible de déclencher un infarctus du myocarde, nous a convaincus que l'envisagement des rapports entre certains faits psychiques et la survenue de troubles somatiques était susceptible d'avoir également un impact traumatique.
Considérer le traumatisme infligé à l'investigateur par la constatation conjointe de la souffrance corporelle et de la souffrance psychique pourrait peut-être permettre de rendre compte des attitudes contrastées souvent adoptées par psychanalystes et médecins pour aborder les problèmes posés par leur conjonction: réduire au sens ou exclure du sens. L'abord psychanalytique des patients porteurs d'une pathologie somatique consiste, entre autres, à élaborer cette contradiction.
Les deux derniers numéros consacrés par notre revue aux rapports de la psychanalyse et de la pathologie corporelle ont réuni des articles ou des interventions qui restent d'actualité. Il s'agissait donc pour nous d'aborder différemment la question.
Il existe en fait un débat qui déborde les problèmes spécifiques de la clinique psychosomatique et qui nous touche tous: la psychosomatique, qui traite de la dissension corporelle, risque-t-elle de devenir une dissidence de la psychanalyse?
Nous avons voulu ouvrir cette discussion, discrètement présente au plan manifeste mais omniprésente, et provoquer une resituation des travaux des psychosomaticiens français par eux-mêmes et par divers interlocuteurs.