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La maladie somatique jouit dans nos milieux d'une presse ambiguë qui rejaillit sur l'attitude théorico-clinique implicite de beaucoup d'entre nous et pousse à se demander si, face au corps à l'heure actuelle, nous ne sommes pas, en tant que psychanalystes, dans la situation de «blessure narcissique insupportable» dont Freud parlait à propos de la découverte de l'inconscient.
L'intérêt des psychanalystes pour ces «confins» du champ psychanalytique que sont les somatoses est évident, ainsi que la fascination inquiète devant la difficulté des traitements à dimension somatique. Il y a chez beaucoup d'entre nous un sens aigu de la hiérarchie des défenses qui rend suspect et un peu honteux le recours au corps et prive la somatisation d'une part de sa valeur économique; les méconnaissances ne sont plus heureuses ni les dorsalgies confortables. Un «Tu somatises?» soupçonneux renvoie le malheureux «à expression somatique» chercher frénétiquement la faille ou le conflit qu'il n'a pu colmater avec un «bon» rêve ou une bouffée d'angoisse qu'il aurait pu analyser. Une sorte d'inquiétude sourde jaillit devant la somatisation, la nôtre ou celle de l'analysant comme si nous risquions de nous faire avoir par surprise, de ne pas savoir nous défendre. On fait alors «une tranche», une psychothérapie, pour prévenir une possible somatisation, pour retrouver une acuité auditive. Loin de moi l'idée de dénigrer une telle exigence mais au-delà… serait-ce le vieillissement et la mort qu'il s'agirait, une fois encore, de traiter ainsi? La peur de déraper dans la désorganisation progressive, d'être la proie du «silence» en nous, de la mort est toujours là. Cela m'évoque ces patients qui ne se quittent pas de l'œil, et parfois ne le ferment plus de peur qu'un moment d'inattention ne les fasse basculer dans l'allergie dévastatrice, la ride véloce ou pire, le cancer qui n'attend que cela pour envahir leur ventre ou n'importe quoi d'autre.