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Israël Rosenfield, mathématicien, médecin, philosophe et surtout historien des idées, critique dans ce livre une conception de la mémoire directement issue de la neurologie du XIXe siècle, qui postule l'existence dans le cerveau d'un stockage permanent des souvenirs selon une stricte localisation.
On sait qu'à la fin du siècle dernier la mémoire, mais aussi les autres processus mentaux, ont été attribués à des aires cérébrales spécifiques. En 1861 Broca montrait ainsi que la perte de l'usage de la parole était due à une petite lésion du cerveau gauche. On découvrit par la suite d'autres centres du langage, de la motricité, de la vision. Ainsi l'aphasie, telle que l'avait décrite Broca, pouvait être attribuée à une lésion d'un centre de la mémoire des mouvements nécessaires au langage articulé, l'aphasie décrite par Wernicke résultait d'une perte spécifique des images auditives des mots, tandis que l'alexie et l'agnosie étaient secondaires à la lésion d'un centre de l'image visuelle des mots. Cette conception du fonctionnement cérébral a donné lieu, on le sait, à de brillantes études cliniques où la localisation précise des lésions était déduite de la symptomatologie et confirmée par l'autopsie.
Mais cette théorie de la localisation fonctionnelle s'appuie elle-même sur un postulat: l'existence de souvenirs stockés en permanence dans la mémoire.
Inscription, stockage, réévocation, tel est le schéma traditionnel. Les neurologues y ont adjoint la notion d'une localisation cérébrale.
C'est à cette double conception que s'attaque Rosenfield.
La première partie de son livre: «Contre la localisation», balaye un vaste champ de la connaissance, s'appuyant tant sur les travaux de Broca, Wernicke,