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«Ils ont tué, violé, incendié, ou bien ils ont commis des agressions à répétition, (…) plus âgés, ils ont été inculpés pour inceste. Ils ont évolué dans les milieux de la drogue et de la délinquance (…) tels sont nos patients»: au plus loin du dispositif divan-fauteuil, dans une institution médico-pénitentiaire, intervient, pense, élabore un psychanalyste dont on lira le travail dans ce numéro, tandis qu'au plus près du même dispositif un autre analyste parle, lui aussi avec beaucoup de talent, d'un travail psychique constant que suppose la pratique de la cure: l'auto-analyse.
A des distances variables de ce dispositif prennent place d'autres auteurs qui évoquent leur expérience dans des domaines aussi différents et étendus que ceux de la recherche, de l'enseignement, de l'écriture… voire même de l'observation dans la rue.
Cette diversification du mode d'intervention des psychanalystes est délicate à interpréter: est-ce un effet de crise dans lequel la vulgarisation de la pensée psychanalytique infiltrerait aussi les pratiques des analystes? Peut-on soutenir au contraire que cette extension de leur champ d'intervention — inscrite déjà dans l'œuvre de Freud — démontre que le «transfert» de la psychanalyse stricto sensu à d'autres domaines est féconde et pour les patients et pour les analystes, et pour la théorie psychanalytique elle-même?
La façon d'interpréter cette ouverture du champ psychanalytique, on le verra aussi dans ce numéro, est coextensive des exigences épistémologiques et éthiques des psychanalystes.
En 1970, le psychanalyste commençait à se penser «sans divan»; en 1990 il se situe souvent «hors séance»: l'espace où il s'aventure s'est donc élargi, et vingt années lui ont fait gagner en profondeur de champ ce qu'il a peut-être perdu en confort.
Thierry Bokanowski et Claude Janin