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«Comment Freud, s'il revenait parmi nous, intégrerait-il les sciences d'aujourd'hui dans sa réflexion et son élaboration? Comment réécrirait-il l'Esquisse?» Que voilà une question excitante et enfin pertinente.
Soyons donc impertinent: je crois qu'il ne voudrait surtout pas la recommencer puisque, nous le savons, il la renia explicitement un mois à peine après l'avoir achevée, allant jusqu'à la qualifier de «sorte d'aberration»1. Si le projet qui l'inspirait d'abord apparaît largement déterminé par les exigences propres aux sciences naturelles de l'époque, tout se passe comme si l'hommage une fois rendu devait valoir pour solde de tous comptes. «Faire entrer la psychologie dans le cadre des Sciences naturelles»2, telles qu'elles dominaient alors (sciences physiques, chimiques et biologiques) en se conformant strictement à une pensée déterministe linéaire! C'est précisément cette démarche qui s'avéra fallacieuse, et la parfaite construction abstraite vint se briser sur les contradictions soulevées par les concrétudes du refoulement. Ainsi, plus encore que le beau mécanisme, volait en éclat le système mécaniciste lui-même tel qu'il inspirait l'entreprise. C'est justement là ce qui doit nous intéresser le plus: le seul intérêt épistémologique de l'Esquisse est, sitôt produite, d'avoir dû être abandonnée pour des raisons méthodologiques. Quelles que soient les qualités des prémonitions dont elle était grosse, elle fut d'abord et surtout une impasse.
En ce reniement se situe la révolution de pensée qui permit à Freud de créer la psychanalyse: il fallait renoncer aux règles et aux méthodes propres aux sciences naturelles pour pouvoir élaborer des principes nouveaux et spécifiques (c'est bien cet abandon qui fut décisif, plutôt que celui de la neurotica qui s'imposa deux