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Au lieu d'enrichir la pensée, l'usage de certaines métaphores peut au contraire l'appauvrir, la rigidifier. Lorsque le déplacement inaugural s'estompe, lorsque l'écart sémantique s'efface, la formule se réifie ou se dogmatise, devient tic de langage ou langue de bois. Une métaphore perd son âme en perdant son histoire.
S. et G. Pragier évitent d'autant plus ces écueils qu'ils proposent à notre pensée psychanalytique quelques métaphores dont celle de causalité aléatoire et de chaos déterministe, qui intrinsèquement battent en brèche les notions de prédictibilité et de certitude. Aléatoires sont leurs prémisses: ils racontent comment leur Rapport s'est nourri de courants d'idées dont le cheminement, en eux et alentour, n'a pu être repéré qu'après coup. Aléatoire est le devenir, ils nous proposent leurs métaphores comme on sème un champ, sans vouloir prédire ce qu'il en adviendra (preuve en est par le nombre de points d'interrogations disséminés dans ce texte).
Si leur Rapport parvient à porter un coup sévère à la notion de causalité linéaire, grande pourvoyeuse de fantasmes de certitudes, leurs auteurs auront sans doute atteint un de leurs buts et mérité notre reconnaissance. En effet, la notion de causalité linéaire procède au mieux de la pensée magique, au pire de la pensée psychotique. Quant aux fantasmes de certitudes, ils deviennent vite croyances si l'on n'y prend garde, et celles-ci se montrent d'autant plus arbitraires et péremptoires que les situations sont dérangeantes.
Multiples, complémentaires ou contradictoires, les causalités s'interpénètrent en un réseau dont l'agencement sera éventuellement reconstituable a posteriori et par là même compréhensible après coup. Il ne suffit pas d'une mère déprimée, monstrueuse ou défunte pour que telle ou telle pathologie se dessine en son enfant: une place tierce, quelle qu'elle soit, même esquissée dans l'entrelac des générations antérieures, même déniée, occupe le psychisme maternel. De même, les particularités d'une pe