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C'est avec une remarquable précision que Pedro Guillem, José Antonio Loren et Eduardo Orozco nous ont fait suivre, et sans concession, les détours, décrochages et recoupements de la pensée freudienne sur le narcissisme, et sans rien atténuer non plus des contradictions qui s'y découvrent à chaque tournant. Et celles-ci ne se regroupent-elles pas principalement autour de cette impossible articulation entre narcissisme primaire et narcissisme secondaire, dont l'accord n'est jamais sûr, et qui pourtant n'ont aucun sens sans une référence mutuelle?
Car de même que, dans les étapes de sa réflexion, Freud a déduit le narcissisme primaire du narcissisme secondaire, de même celui-ci a-t-il mission de représenter le premier avec des moyens opposés. D'un côté le narcissisme primaire est classiquement l'irreprésentable, l' « a-dimensionnel », l'anobjectal. D'un autre, le narcissisme secondaire en est typiquement le contraire, et anéantit en le mettant au monde un narcissisme primaire qui disparaît quand le rideau se lève et n'a une telle importance qu'à apparaître en négatif et en tout point. Car le narcissisme secondaire s'introduit, en effet, quand c'est le temps des partages, mais il va lui falloir aussi bien se porter garant du tout avec la partie, assumer l'unité à partir de la division, et plus encore se parfaire en se défaisant de lui-même, je veux dire que « le moi-pas l'autre », celui qui déjà ne peut que « dérober aux objets » un peu de libido du ça, s'accomplit en devenant l'entremetteur qui s'efface, le moi-instance de la deuxième topique. Et peut-être en se perdant, tout lui est-il redonné.
Pour passer d'un registre à l'autre, il faut en effet s'affranchir d'une notion quantitative et de direction libidinale, pour faire du narcissisme une seule question de qualité. Je dirai alors qu'on a plus à gagner à considérer le passage de l'un à l'autre narcissisme en fonction de la temporalité, plutôt qu'à partir d'une notion d'espace. De ce bain amniotique des premiers temps