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P. Guillem, J. A. Loren, E. Orozco nous ont rappelé que, dans le mythe de Narcisse, comme pour Œdipe, Tiresias avait été consulté. Mais, contrairement au déroulement œdipien, c'est la mère de l'enfant et non le père qui, chez Ovide, interroge le devin. Elle lui demande si son fils verrait sa vie se prolonger dans une vieillesse avancée. « S'il ne se connaît pas », telle est la réponse, éminemment ambiguë.
Du viol par Céphise, le fleuve, de Liriopé, la nymphe, naît le héros, qui n'aimera personne que lui-même. Passé quinze ans plus une année, Narcisse suscite le désir de nombreux jeunes gens et jeunes filles, qu'il dédaigne. Notons que, alors qu' « il pouvait passer aussi bien pour un enfant que pour un jeune homme » (v. 353), il n'est désigné ensuite dans le texte que par le mot puer (= enfant: v. 379, v. 413, v. 454). Echo, la nymphe « à la voix sonore qui ne sait ni se taire quand on lui parle ni parler la première » (v. 357), ne peut que « répéter les derniers sons émis par la voix et rapporter les sons qu'elle a entendus » (v. 369).
Elle renvoie à Narcisse la fin de ses phrases. Le jeune homme s'enfuit, elle dépérit. Il ne lui reste que la voix et les os; sa voix est intacte; ses os ont pris l'aspect de la pierre (v. 400).
Une autre nymphe, méprisée, demande à Némésis de punir Narcisse. Celui-ci, fatigué après une chasse ardente, se couche sur la terre près d'une source limpide. « Il veut apaiser sa soif; mais il sent naître en lui une soif nouvelle; tandis qu'il boit, épris de son image, qu'il aperçoit dans l'onde, il se passionne pour une illusion sans corps; il prend pour un corps ce qui n'est que de l'eau (unda). Dans un autre manuscrit, le mot utilisé est umbra = ombre, fantôme1. Penché sur son miroir, Narcisse donne de vains baisers à cette source fallacieuse » (v. 428).