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Chers collègues,
Comme je vous l'ai dit à Madrid, je me permets, de retour à Paris, de vous adresser ces quelques remarques nées de la lecture de votre excellent rapport. Il est vrai que le terme narcissisme a donné lieu à de multiples interprétations. C'est pourquoi, avec Denise Braunschweig (La nuit, le jour), nous avons différencié un narcissisme « primitivement secondaire », édifié par la médiation maternelle chargée d'assurer la gérance de toutes les fonctions inhérentes au narcissisme secondaire encore non acquis par le sujet. Toute défaillance de cette fonction médiatrice contraint le sujet à édifier prématurément des systèmes autonomes qui le fixent dans des situations tôt ou tard pathologiques. Cette différenciation permet d'en isoler le narcissisme primaire tel que Freud en décrit la genèse (1914): issu d'un fantasme adulte suscité par la fascination exercée par la vue d'un nouveau-né dont la perception de totale dépendance se double d'une attribution de toute-puissance (His Majesty the baby = l'identification primaire au père de la horde).
Le narcissisme primaire est alors une illusion collective qui se transmet pour le sujet dans l'après-coup, comme un temps perdu qui à vrai dire n'a jamais existé.
Dans une certaine mesure, on peut dire que ce bébé, fait roi par son environnement, est un objet transitionnel pour cet environnement, au sens de Winnicott. C'est l'espace de la réalisation hallucinatoire du désir, et dans ce sens le narcissisme primaire contient bien en lui-même tout le potentiel d'élaboration que vous avez décrit dans votre rapport. Selon mon hypothèse, le narcissisme primaire découle donc directement du narcissisme primitivement secondaire géré par le cadre familial.
Dès que les premières pressions éducatives s'exercent, « His Majesty the baby » disparaît, en même temps qu'apparaît l'illusion qu'il fut roi. La toute-puissance se déplace vers les parents; peut-être est-il erroné de dire que la toute-puissance