You do not currently have permission to view the full text for this document. Please sign in to an account with an active subscription or contact support.
L'intéressant rapport de P. Guillem, J. A. Loren et E. Orozco m'a suggéré quelques réflexions sur la transformation du narcissisme infantile primitif en idéal du moi.
Dans « Pour introduire le narcissisme », Freud signale que, au cours du développement psychique, le narcissisme infantile est remplacé par l'idéal du moi: « Ce qu'il projette devant lui comme son idéal est le substitut du narcissisme perdu de son enfance; en ce temps-là, il était lui-même son propre idéal. »1 Pour Freud, la maturation du moi se traduit par un abandon du stade précédent de narcissisme « primaire » qui, lui, correspond à l'époque antérieure à l'investissement d'objet où la libido se dirigeait entièrement vers le moi. Cet abandon fait suite au déplacement de la libido vers un idéal du moi imposé du dehors, qui, une fois atteint, permettrait, jusqu'à un certain point, de récupérer la perfection narcissique initiale.
Comme le signalent les auteurs du rapport, il n'est pas possible de postuler l'existence d'un narcissisme « primaire » sans objet. Comment concevoir que l'enfant puisse atteindre à l'auto-estime, et encore moins devenir son propre idéal, sans la condition préalable de s'être senti aimé et surestimé par ses parents? Le narcissisme de l'enfant s'appuyerait donc sur le narcissisme des parents qui — comme Freud l'indique — imaginent leur enfant comme centre de la création et lui attribuent toutes sortes de perfections. L'enfant n'aurait qu'à s'identifier à cette représentation survalorisée de lui-même que ses parents lui proposent. Plutôt que d'être son propre idéal, il est l'héritier de l'idéal de ses parents.
La représentation de soi-même ne peut se construire sans l'aide de l'objet, car elle commence à se structurer à partir de la relation avec la mère qui, par son regard, ses gestes, sa voix, ses caresses, renvoie à l'enfant l'image à laquelle, petit