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Chers Collègues:
Vous vous en souviendrez, nous avions commencé jeudi dernier le résumé de notre rapport en vous racontant une anecdote qui remontait à l'année dernière lors du ILe Congrès. J'aimerais commencer ces conclusions par un souvenir plus ancien que j'ai quelquefois partagé avec le Dr Loren. Il a trait à l'époque où jeunes candidats (dans ce métier, vous le savez, le mot « jeune » est tout relatif), nous commencions à fréquenter les Congrès de Psychanalystes de Langues romanes (c'était le titre à l'époque). Tous les deux nous avons confronté les sentiments que nous ressentions lors de ces événements.
D'un côté, il y avait l'éblouissement, pourquoi ne pas le dire, teinté d'idéalisation, que nous ressentions envers les personnalités très savantes de nos aînés. D'autre part, et c'est là-dessus que je voudrais insister, il y avait un autre sentiment: nous avions souvent l'impression qu'au-delà du dialogue scientifique extrêmement riche qui se déroulait devant nous, il y avait quelque chose d'autre qui se passait face à quoi nous ressentions une impression étrange et que nous avions de la peine à saisir. Il nous semblait que nous assistions à des échanges, plus ou moins amicaux, quelquefois agressifs, mais dont le ton avait peu à voir avec le contenu scientifique de ce qui se disait. Avec le temps nous avons au moins réussi à comprendre ce qui se passait au-dedans de nous-mêmes. L'impression correspondait à la figuration inconsciente d'une scène primaire, tantôt empreinte de sentiments où prédominait la libido, tantôt franchement sadique, voire même violente, mais dans laquelle nous jouions le rôle du tiers exclu. Une figuration qui, certainement, nous concernait mais qui était en rapport avec une histoire que nous n'avions pas vécue. Je voudrais vous avouer que j'ai la grande curiosité de savoir si les candidats d'aujourd'hui, ceux qui sont parmi nous, continuent à ressentir des sensations pareilles. Et j'oserais répondre à ma propre