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Tout langage vivant est un tissu de métaphores. Lorsqu'un patient associe, lorsqu'un analyste interprète (et même si ce dernier utilise les propres mots du patient), ils opèrent des rapprochements et des déplacements, ils font des métaphores. Or ces figures de style, ces images dans le langage, sont déjà des ébauches de représentations théoriques qui tentent d'organiser notre vision du monde et la réalité matérielle ou psychique de nos patients.
Lorsqu'une patiente me dit par exemple: « Mon père était un vrai Don Juan, il tombait toutes ses élèves », elle fait une métaphore. Cette métaphore attribue à son père une identité plus vivante, bien que négative, que l'image froide et lointaine qu'elle m'en avait donnée jusque-là. Elle ébauche donc une théorie de sa maladie, qui ira en s'accentuant dans les premiers temps de son analyse: ce père Don Juan, par ses attitudes séductrices à son égard, est responsable de ses inhibitions, de ses phobies et ses vertiges. A cause de lui sa mère, puis elle, sont « tombées » malades. Il s'agit également d'une théorie sexuelle infantile pour la patiente, qui souffre de « réminiscences ». Mais n'est-ce pas là encore la première théorisation de Freud sur l'hystérie, mettant en cause le père séducteur?
Pourtant, il en est des métaphores comme des théories: elles ne marchent qu'un temps. A s'y fixer, on s'y enferme. Il existe même des « maladies » de l'interprétation et du discours théorique, aux conséquences souvent dramatiques, pour ceux qui en sont les victimes comme pour leurs auteurs. Le développement de la théorie analytique ne s'est pas fait d'une façon continue mais avec des arrêts, des paliers. A chaque fois, grâce à l'introduction de nouvelles métaphores, Freud, stimulé par les idées originales et les contradictions de ses proches, réussit à franchir une nouvelle étape dans l' « auto-organisation » de sa théorie. Celle-ci parvint ainsi à atteindre un assez grand degré de cohérence et de complexité. Mais cette capacité à rester ouv