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Quiconque a eu l'occasion et la chance de suivre l'enseignement oral dispensé par René Diatkine reconnaîtra aisément dans cet ouvrage collectif, dédicacé à J. de Ajuriaguerra, l'effet stimulant pour la pensée d'une réflexion constamment ouverte, attentive aux contradictions, soucieuse d'exprimer le plus complexe dans la langue quotidienne, véritable démarche maïeutique qui a marqué plusieurs générations de jeunes psychiatres et de psychanalystes.
Une des hypothèses de base de ce livre en est l'expression: loin d'être à redouter, la crise et le déséquilibre sont les véritables facteurs du changement pour l'appareil psychique; mais ceci à condition qu'ils trouvent un environnement favorable, c'est-à-dire attentif, décidé à prendre du temps pour comprendre, capable enfin d'éviter la routine et la répétition. Pour René Diatkine comme pour ses collaborateurs, il est clair qu'à celui qui sait tolérer l'inconnu et tirer parti de l'imprévu la vie est constamment fertile en occasions favorables: c'est précisément l'opposé qui est la règle pour le schizophrène, avide d'immuable et de répétition.
Partant d'un constat assez brutal de Garrone, selon lequel le pronostic global de la schizophrénie serait peu modifié depuis les travaux des Bleuler, les auteurs décrivent les principes d'une action psychiatrique originale, qui tenterait de relever le défi. Le dispositif de soins issu du Centre psychosocial de Genève, devenu depuis 1982 «Centre de Psychothérapie brève et de continuité de soins», en est le terrain clinique de référence: lieu d'une parole retrouvée et d'un abord autre, dans la crise et au-delà de celle-ci, avec un patient jusque-là «disqualifié» en tant qu'interlocuteur, et «pris en charge», c'est-à-dire trop souvent aliéné par l'institution hospitalière.