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Depuis trente ans, dans le mouvement analytique français, un psychanalyste occupe une place éminente et parfaitement originale. Seul, face aux rhéteurs qui rameutaient les foules autant qu'à rencontre des administrateurs qui mettaient de l'ordre dans le patrimoine freudien, loin des bastions universitaires et psychiatrico-pédago-psychologisants, il a creusé un chemin personnel exemplaire. C'est un homme de culture, un enseignant qui met son cœur sur la table; il parle comme il écrit — et il écrit fort bien — et écrit comme il «se» parle devant les autres, pertinent mais sans tenir un discours de vérité autre que la sienne qu'il traque lentement, avec une obstination… freudienne de chercheur en quête interprétative de lui-même.
Je viens de relire Les Erynies d'une mère, de C. Stein, publication en 19871 de deux conférences prononcées en 1979, précédée de Œdipe le surhomme ou le désavœu du féminin qui date de 1978 et où l'on retrouve un thème cher à l'auteur (voir par exemple La Castration comme négation de la féminité, paru dans la RFP en mars-avril 1961). A partir de l'évanouissement de Freud lors de la remise à celui-ci d'une médaille offerte par ses élèves pour son cinquantième anniversaire, C. Stein remarque que sans doute Freud, en chutant comme la Sphinx, «dévoila l'identification féminine inconsciente que son identification héroïque de surhomme (c'est-à-dire d'homme exempt de féminité) était destinée à occulter».
D'Œdipe le conquérant à Oreste le matricide, passant de Sophocle à Homère (la rencontre d'Ulysse et de la mère d'Œdipe aux enfers) et à Eschyle, s'appuyant sur Marie Delcourt et sur «Deuil et Mélancolie» («L'ombre de l'objet est tombée sur moi»), C. Stein montre que la mort de Jocaste (Epicaste dans Homère) est un suicide par vengeance. Les Erynies d'une mère, comme image de «la séductrice perverse» que nous portons en nous: «La haine d'une mère est tombée sur moi,