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Cher Michel Schneider,
Puisque j'ai le privilège de pouvoir écrire pour notre Revue française de Psychanalyse ce que votre très bel ouvrage a suscité en moi, je prends la liberté de m'adresser directement à vous. Permettez-moi tout d'abord de vous faire un aveu: malgré toute l'estime et l'admiration que je porte à vos écrits antérieurs, ce ne fut pas sans une certaine appréhension que j'ai ouvert ce livre-ci, tant je redoute, de façon générale, les considérations psychanalytiques sur l'art que j'aime le plus au monde: la musique. J'ai cependant été immédiatement rassurée, puis conquise par la manière délicate, respectueuse et aimante dont vous avez abordé tant le génie que la souffrance — la douleur, devrais-je dire pour vous citer d'emblée — de l'un des compositeurs les plus difficiles à interpréter — musicalement s'entend —, lui que l'on ne peut, comme vous le dites si bien, approcher réellement que « de l'intérieur ». C'est vous dire que je me suis retrouvée d'emblée proche du pianiste que vous êtes, autant que du psychanalyste, le premier guidant le second, alors que je craignais l'inverse.
La lecture de votre ouvrage a constitué pour moi un moment d'authentique émotion musicale. C'est donc au pianiste-interprète que je rends hommage en tout premier lieu, ainsi qu'au poète qui a su accompagner Schumann jusqu'au bout avec des mots vrais. Last but not least, je vous rends grâce d'avoir su tenir en lisière les démons prétentieux et omniscients d'un certain soi-disant savoir psychanalytique qui « découvre » trop souvent avec une suffisance insupportable