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La vie et l'œuvre de Van Gogh sont placés d'entrée de jeu sous le signe d'un autre Vincent Van Gogh, premier né du couple parental, né et mort juste un an avant lui, vis-à-vis du fantôme duquel il se sent un usurpateur. Cette hypothèse est valide psychanalytiquement car elle s'appuie sur toute une chaîne d'éléments des écrits, des propos, des peintures et des choix d'objets d'amour de Van Gogh. Pour comprendre qu'un nouveau-né mort ait exercé une telle influence sur les frères nés après lui, on est amené à supposer que les parents et, peut-être en particulier la mère, n'en avaient pas fait le deuil. V. Forrester imagine avec lyrisme le deuil impossible du côté de la mère et ses conséquences: « Comment échapper à celui qui détient tout pouvoir et aussi à la Berceuse impavide fermée à l'enfant mort et aussi au vivant. » Mais elle met en place un fantasme de mère meurtrière et, plus loin, elle parlera de la « perversité » de la famille du peintre en méconnaissant le caractère inconscient de l'essentiel du malentendu tragique entre les parents et leurs fils vivants. En tout cas, si le fantôme du petit Vincent mort pesa d'abord sur Vincent le peintre, la douloureuse conjoncture familiale entraîna un lien d'une force particulière entre les deux premiers fils vivants. A travers l'histoire biblique d'Elie et d'Elisée, il apparaît que les ailes des corbeaux qui écrivent des V redoublés dans les peintures n'évoquent pas seulement la mort et les Vincent mort et vivant, je pense qu'elles évoquent aussi l'effort de Van Gogh pour comprendre et soigner sa mère en faisant resurgir son premierné en vie.
Le livre de V. Forrester me paraît reprendre la vie et l'œuvre de Van Gogh selon le même mouvement tourbillonnant qui marque la peinture de son