You do not currently have permission to view the full text for this document. Please sign in to an account with an active subscription or contact support.
Pendant de longues années, Danièle Brun a accompli un travail terrible et indispensable: elle a écouté les fantasmes inconscients des enfants cancéreux, de leurs parents et de leurs soignants. L'essentiel de sa tâche a été d'affronter la survenue de la mort, mais ce livre est consacré aux problèmes posés par la guérison. Celle-ci, les cancérologues d'enfant ne cessent de s'en étonner, est souvent mal supportée. Ce dont souffre l'enfant guéri d'un cancer n'a rien de bien spécifique: « Il ne réussit pas en classe, il est fatigable, exigeant » (p. 9). Les parents, avant de présenter ces plaintes, ont souvent commencé par refuser de croire à la guérison (p. 18).
Pour comprendre ce paradoxe d'une guérison inespérée et mal tolérée, Danièle Brun multiplie les angles de vue: une partie de son matériel a été recueillie indirectement, de la bouche des médecins, dans des réunions de recherche (chap. 3). L'essentiel provient d'entretiens avec les parents. Souvent, elle s'y présente comme une enquêtrice, étudiant par exemple « la qualité de la vie des enfants guéris d'un cancer » (p. 194). Dans le chapitre 9, elle échange l'objectivité du savant contre celle du journaliste, et rapporte son interview d'une mère dans une émission de télévision. Cependant le plus souvent, ses entretiens visent, au moins implicitement, un effet thérapeutique. Elle les décrit comme « une situation plus proche de la consultation que de l'analyse », ce qui signifie qu'ils sont comparables à cette dernière. Parfois d'ailleurs, les consultations deviennent plus fréquentes et se transforment en psychothérapie. On regrettera que les sentiments des enfants n'aient été recueillis qu'en présence de leurs parents (surtout les mères), ou à travers les propos de ceux-ci. Bien que l'objet principal du livre soit le fantasme d'infanticide