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La remarquable performance de Raymond Cahn autour de la question du sujet en psychanalyse, sa recherche concernant les conditions d'émergence d'un tel sujet (son archéologie), fournit une impulsion nouvelle à notre théorisation de ce point crucial.
Au travers du rapport et de sa discussion, j'en suis venu pour ma part à mieux saisir ce sur quoi notre ami Benno Rosenberg s'efforce pourtant d'attirer notre attention, à sa manière, depuis longtemps déjà, et que je formulerai ainsi: le masochisme est indispensable en tant que tel au processus de subjectivation. R. Cahn a d'ailleurs bien choisi de clôturer son rapport avec le to pathei mathos, qui pose le sujet de toute (auto)connaissance véritable comme ayant à s'enfanter dans les affres de l'éprouvé.
Cette incidence foncière du masochisme dans la genèse du sujet humain — ce dont l'étymologie même d'assujettir vient assez témoigner — n'est sans doute pas pour rien dans la défiance particulière dont ce terme de sujet a pu être l'objet dans nos milieux psychanalytiques. On l'a tenu longtemps pour étranger à l'arsenal conceptuel du psychanalyste, tandis que le Moi se trouvait tout au contraire conforté dans un statut de « positivité » de bon aloi.
C'est que derrière le masochisme, comme on sait, vient se profiler le rôle de la pulsion de mort — objet de malaise conceptuel s'il en fut. Après les « décentrements » célèbres opérés par Copernic et par Darwin, après le choc de la double découverte freudienne du penser inconscient et du primat de la sexuation, les illusions narcissiques humaines furent encore mises à rude épreuve lorsque Freud, après 1920, décerna à ce qu'il choisit d'appeler la pulsion de mort un rôle fondamental dans le psychisme. Il semble à cet égard que l'esprit filial des analystes des deuxième et troisième générations leur ait fait estomper de façon étonnante le caractère foncièrement choquant de cette vision d'un dualisme pulsionnel