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Raymond Cahn dit avec beaucoup de pertinence que dans la pathologie de la subjectivation, l'analysant souffre de ne pas avoir à sa disposition tous ses matériaux psychiques. Il serait bien sûr utopique d'espérer que quelqu'un puisse un jour disposer de tous ses matériaux psychiques; mais il y a diverses façons d'en être privé ou de s'en priver. Il me semble qu'au niveau clinique nous pourrions traduire la position de R. Cahn en disant que si le patient ne se sent pas entièrement le sujet de lui-même, c'est qu'il souffre d'être coupé de certains aspects de son moi, et que dans l'analyse il demande à récupérer et réintégrer ces aspects perdus de son moi pour retrouver sa capacité d'être sujet, ou encore pour retrouver sa position de sujet. Parler « d'aspects perdus du moi » ne veut pas dire, bien sûr, que ces patients auraient perdu des parties d'eux-mêmes, dans le sens où l'on peut égarer « des choses », mais cela exprime leur sentiment conscient ou inconscient de ne plus pouvoir en disposer.
Cette dernière formulation met l'accent sur une difficulté que l'analyste rencontre souvent dans sa pratique: comment s'adresser à un aspect apparemment perdu du moi de l'analysant? comment être à l'écoute de ce qui semble manquer et qui ne s'exprime pas? Cette difficulté, je l'ai surtout rencontrée dans le cas particulier où l'analysant qui souffre de désubjectivation se présente comme un patient apparemment très évolué, adapté à son environnement, mais coupé, souvent par clivage, de son moi primitif; comment l'analyste peut-il atteindre ce moi primitif qui semble perdu?
Lorsqu'on parle de moi primitif, il y a parfois un certain malaise pour ceux