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J'ai trouvé passionnant que Raymond Cahn nous conduise hors des sentiers habituels, en particulier lorsqu'il met en avant la sensibilité comme caractéristique fondamentale du sujet, et je partage son point de vue lorsqu'il situe la restitution du « je » au niveau de « l'éprouvé », c'est-à-dire du sensible et du sensoriel.
Cependant ce passage par l'éprouvé pose des problèmes techniques parfois difficiles et Raymond Cahn a souligné que sa résolution passe par le contre-transfert du psychanalyste, en particulier à travers un temps « symbiotique » nécessaire. C'est sur ce point précis que j'aimerais intervenir, c'est-à-dire l'importance pour l'analyste d'accepter cette « symbiose »—que j'appellerai plutôt « fusion »—et sur la nécessité de la vivre au niveau sensoriel. En effet, parfois ce n'est qu'en acceptant provisoirement cette « fusion » dans son contre-transfert—et non en l'évitant—que le psychanalyste peut permettre à l'analysant-« sujet » de se différencier de « l'objet ».
J'aimerais parler brièvement de cette « fusion » dans le contre-transfert et de la manière de s'en dégager en termes cliniques plutôt qu'en termes théoriques, en l'illustrant à travers l'exemple suivant.
J'avais une patiente en analyse venue pour diverses inhibitions et qui, en plus, se plaignait d'un symptôme « organique » selon elle: un « manque de voix ». Je mis du temps à comprendre ce symptôme parce que mon analysante ne semblait pas avoir perdu sa voix durant les séances. Au contraire, elle me parlait sans difficulté apparente, pour ainsi dire tout le temps, et ses silences étaient rares. Elle disait alors qu'elle devait « économiser sa voix », parce que « sa voix se fatiguait, s'épuisait ». Il nous fallut arriver à une impasse, à un moment donné