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La perspective psychanalytique sur le sujet, largement ouverte par le rapport de Raymond Cahn, recoupe-t-elle celle du fonctionnement de l'appareil psychique, si l'on ne veut pas réduire à une mécanique cette métaphore freudienne, lui conserver ce qui l'anime? Concerne-t-elle toute cure et non seulement celles où se pose le plus bruyamment le problème des ratés de la subjectivation, très justement traités dans le rapport? En d'autres termes, une subjectivation relativement réussie, celle du « sujet psychanalysable », n'est-elle pas toujours structuralement marquée de son inachèvement, manquante, tiraillée par ses diverses polarités, conflictuelle et donc en question dans une cure type.
C'est un sujet émergeant, comme le souligne le rapport. Cette prise de position a des implications fortes. Elle suppose de se priver des tenaces métaphores d'un lieu de l'unité du sujet qui est la reprise théorique d'une exigence idéalisante de maîtrise narcissique. Une telle conceptualisation me semble ouvrir un point de vue psychanalytique sur le sujet, le démarquant d'un discours philosophique trop marqué par l'être conscient. Freud a rendu compte de la blessure causée à l'humanité par sa découverte montrant que le Moi n'est pas maître chez lui. Mais la pensée psychanalytique elle-même s'acharne parfois à atténuer la complexité de l'édifice freudien, à faire renaître dans ses divers avatars un lieu de maîtrise. Les thèses du Moi autonome (Hartmann) reconnaissent l'existence de l'inconscient, mais tendent à décrire une sphère aconflictuelle d'adaptation à la réalité conduisant à formaliser une nouvelle psychologie générale, là où la métapsychologie impliquait la permanence de la conflictualité dans le cours des événements psychiques. A l'opposé, les thèses de Lacan radicalisent la notion de sujet de l'inconscient, mais cet auteur, définissant le sujet comme effet de signifiants, aboutit à montrer que ce sont les signifiants de l'Autre qui tirent les ficelles du sujet.