You do not currently have permission to view the full text for this document. Please sign in to an account with an active subscription or contact support.
Il y a, R. Cahn le souligne à différentes reprises dans son rapport, des conditions/préconditions externes pour qu'un sujet puisse advenir. Afin de pouvoir un jour se saisir de soi comme sujet, il est nécessaire d'avoir été d'emblée et/ou d'être devenu sujet pour l'autre. C'est là une des formes de la division du sujet: avant d'être sujet pour lui-même il doit avoir été sujet — ou pour le moins sujet potentiel — pour l'autre. Le sujet est là avant d'être là, il ne pourra se définir que comme procès d'appropriation, de reprise, d'un crédit de subjectivation venu de l'autre.
Cet aspect de la division temporelle du sujet me semble fondamentale dans la théorie psychanalytique de la subjectivité, il définit la position d'un sujet à la fois toujours déjà présent, et en même temps soumis à une exigence de travail psychique pour faire l'épreuve de lui-même: le sujet est transitionnel.
C'est aussi un aspect fondamental de la pratique psychanalytique. D'emblée elle doit comporter l'idée de la compétence potentielle de l'analysant à devenir sujet — s'il se présente comme aliéné dans cette fonction — ou pour le moins à subjectiver ce qui est en souffrance en lui. C'est pourquoi la notion d'une forclusion structurale dans la psychose comporte le danger pratique d'une position qui risque d'exclure d'emblée la possibilité, pour le sujet réputé aliéné, de s'inscrire et de s'auto-affecter de lui-même — ce serait trop tard, les dés seraient déjà joués, le destin déjà écrit. En pratique, la forclusion ne peut apparaître que comme la position subjective d'un sujet qui n'a pu se reconnaître ou être reconnu comme tel. Un sujet ne peut être forclos; il a pu avoir été forclos, il peut se sentir forclos, il ne peut l'être. Une fois récusée la position de forclusion structurale du sujet, s'ouvre la question du délai nécessaire pour que la subjectivation de soi puisse avoir lieu1.