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Il y a dans la plupart des musées de peinture européenne, souvent dans les premières salles, si l'on suit un ordre chronologique, un accrochage de ce que les historiens d'art ont appelé le gothique international. Située entre une peinture rare, moyenâgeuse, dont la manière est toujours étrange, et des œuvres charnières qui prédisent ce que sera la Renaissance, cette période incroyablement florissante et répandue comme son nom l'indique, suscite peu d'admirateurs. Et pour cause. Ce sont sur des panneaux dorés toujours les mêmes récits tirés de la Légende Dorée, servis par un vocabulaire plastique lui-même extrêmement codé. C'est dans ces salles que l'on fait le point dans son guide, que l'on se prépare à voir autre chose, à changer la direction de son regard, tant vous gagne la conviction intime qu'à contempler ces œuvres sans style vous risquez d'y perdre un peu de votre individualité. On va au musée pour vivre, pour gagner un peu plus d'existence. Comme vous tous ou peut-être un peu plus que vous, en vertu de responsabilités éditoriales et d'enseignement, je lis la littérature psychanalytique et j'avoue que devant l'utilisation massive et sur tous les tableaux possibles de concepts, qui n'en ont plus la dignité, qui signifient ici et là le même et son contraire, l'Œdipe façonne, l'Œdipe fracasse, la pulsion trique, la pulsion troque; souvent je me dis et cela résume tout mon accablement: gothique international.
Le sujet, le rêve et l'action tels que dépeints par Raymond Cahn et François Ladame soulèvent au contraire l'enthousiasme de la pensée. Ils portent à l'invention. Etayés sur les œuvres antérieures de la tradition analytique sans excommunication mais sans canonification non plus — le sujet n'est pas Dyonysos — ils ouvrent avec quelques autres travaux une psychanalyse pour demain.
C'est précisément, et même si je dois en terminer ainsi trop vite avec cet éloge,