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Dans le cadre d'une consultation pour adolescents, j'ai été frappé de constater, dans les deux sexes, la fréquence de ce qui pourrait être le « fantasme de la folie paternelle »: le jeune patient nous disant qu'en réalité c'est son père qui est fou, que c'est lui qui devrait être soigné. Il faut noter que si à ce fantasme il est bien difficile d'attacher une ou des représentations conscientes précises, en même temps nous pouvons retrouver les perceptions qui ont pu entraîner cette intuition. Lorsque la crise est surmontée, ce fantasme disparaît. Ne s'agit-il pas d'un moment de « folie privée », pour reprendre l'heureuse expression d'André Green?
Dès lors, on est fondé à s'interroger sur ce fantasme: ne pourrait-il pas être un moment obligé de l'évolution de l'adolescence? La situation de crise ne nous amène-t-elle pas à observer de façon crue des manifestations qui existeraient autrement de façon plus discrète? Je fais l'hypothèse qu'il s'agit d'un moment privilégié de la constitution du sujet. Une confirmation peut en être trouvée à partir des observations déjà anciennes de Pierre Bourdier mettant en évidence l'hypermaturité des enfants de malades mentaux1. A des moments plus tardifs de l'existence, ce fantasme pourrait resurgir comme chez ce patient en analyse depuis vingt-cinq ans et qui amène Winnicott à se reconnaître fou et c'est cette interprétation qui permet de mettre un terme à l'analyse.
Les transformations corporelles de la puberté entraînent une modification des processus de pensée à l'adolescence. Comme Freud l'a écrit dans « Les deux principes du cours des événements psychiques », les pulsions sexuelles, seules à avoir subi la latence, sont en retard par rapport aux pulsions du Moi: cet asynchronisme qui rend inévitable la crise. On sait par ailleurs, comme Thérèse Tremblais-Dupré2