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L'irreprésentable existe puisqu'il y a un mot pour le dire ; comme l'affirme si bien R. Queneau : « Une phrase comme ça, que la motte de beurre est une tuile, ça appartient au nonnête, et pourtant ça est, puisqu'on peut l'exprimer. »
Quel peut bien être le mode d'existence de ce non-être ? Est-ce uniquement un signe ? Le non-existant serait-il un pur effet de langage, ne tirant son existence que de sa nomination ? Le tout, le rien, l'inconnu ou encore le Réel selon Lacan doivent-ils être symbolisés et structurés par le signifiant pour être approchés ? S'il y a des liens entre irreprésentable et langage ils sont certes différents ou ils passent par d'autres voies que dans le cas de la séquence représentation de chose/représentation de mots.
Qui dit représentation dit choix d'un système dans lequel on représente. Dans le système de représentation élaboré par Freud, la signification naît de la liaison entre représentation de chose et représentation de mot. Si bien que l'irreprésentable se trouve hors champ de la pensée psychanalytique et son énigme ne peut être déchiffrée à partir de son savoir. On pourrait le concevoir comme une sorte de point zéro ou de butée à partir de laquelle le système de la représentation peut fonctionner, analogue à l'originel, I'UR matrice du système temporel.
Pour cerner l'articulation entre irreprésentable et langage, il peut être fructueux de s'adresser à des penseurs non analystes ; deux textes m'ont paru d'un grand intérêt pour répondre à cette interrogation, vue sous des angles très différents : l'un, signé par le grand logicien Bertrand Russell, se passe en enfer, royaume du négatif, l'autre est l'opéra d'Arnold Schönberg, Moïse et Aaron,