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Les analystes français dont les patients sont remboursés bénéficient pour l'instant d'une situation exceptionnellement favorable. En effet, en France, la Sécurité sociale ne rembourse pas « la psychanalyse » mais des « consultations neuropsychiatriques » qui se répètent trois ou quatre fois par semaine. Dans le secteur privé, cette disposition hypocrite a rendu l'analyse accessible à des patients peu fortunés ; elle a également favorisé le développement de nombreux centres psychanalytiques publics pour enfants et de quelques centres pour adultes. Grâce à l'existence d'une possibilité de dépassement des honoraires conventionnés, le patient peut contribuer de façon significative, mais proportionnée à ses revenus, au paiement de sa cure. Puisque ce n'est pas la psychanalyse qui est explicitement prise en charge, l'assurance maladie n'a pas à contrôler le déroulement de l'analyse et l'Etat n'a pas à promulguer un statut du psychanalyste.
Les avantages de cette situation expliquent sans doute que les sociétés de psychanalyse l'aient laissée se développer, malgré des cris d'alarme occasionnels (Chasseguet-Smirgel, 1982). Elle est pourtant injuste et dangereuse. Injuste, puisque les cures des analystes non médecins ne sont pas remboursées, alors que celles des psychiatres sans formation psychanalytique le sont. Dangereuse, car la Sécurité sociale a le devoir de s'assurer de la qualité des traitements longs et coûteux qu'elle rembourse. Même si, jusqu'à présent, elle s'en acquitte avec une grande discrétion, elle risque tôt ou tard d'être conduite aux mêmes intrusions dans la cure que subissent déjà nos collègues européens.