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La lecture de votre belle étude argumentée d'un matériel clinique m'a interrogée au point que j'ai souhaité vous faire part de quelques-unes des réflexions qu'elle a soulevées en moi. Je vous serais reconnaissante, s'il vous était possible, d'y répondre et d'engager ainsi l'ébauche d'un dialogue par-dessus les continents. Nous n'avons pas si souvent l'occasion d'échanger ainsi nos idées, par écrits interposés, tant les théories s'enferment en elles-mêmes et tant la clinique qui les soutient est peu exposée, qui permettrait la confrontation à laquelle je vous invite.
J'ai été très intéressée par le point de vue que vous adoptez d'emblée : l'enfant a besoin d'une réponse qui témoigne ou qui valide sa perception et son émotion. L'enjeu de cette réponse est la croyance en notre propre réalité psychique. Par conséquent, lorsque l'adulte — l'objet dirions-nous par rapport au self— manque à sa tâche qui consiste à confirmer que l'enfant possède un fonctionnement psychique, ce dernier commence à construire ce que vous appelez une formation symbolique concrète, laquelle peut aller jusqu'au délire, qui lui permet de continuer à se percevoir comme une personne ayant une continuité d'identité. Mais il ne peut pas aller, si je comprends bien votre pensée, par lui-même au-delà de cette formation et il a besoin de trouver alors un adulte qui comprenne ce que cette symbolisation débutante comporte de potentialité significative. Si l'adulte faillit à cette tâche — et c'est là que se situe la responsabilité de l'analyste — l'enfant ou le patient se sent incompris. Et c'est alors que vous parlez des raisons que l'analyste a de se fermer à la compréhension de son patient : il veut interposer entre ce que ce dernier lui dit et la compréhension qu'il en a, sa propre formation théorique. Il veut ainsi faire entrer son patient dans le cadre qui lui a servi et lui sert encore à se repérer dans l'inconnu de la psyché.