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« S'il te plaît, échangeons nos peaux », pourrait dire le héros du conte de Didier Anzieu par lequel s'ouvre l'ouvrage. Cela lui sera facile, lui qui roule sa peau pour la poser sur la table de nuit, le soir avant de dormir, après avoir rangé son sexe dans le tiroir. Adolescent, il retrouve une délicieuse cousine, compagne de ses jeux d'enfant. Retrouvant la nudité partagée d'autrefois, elle lui propose la convention suivante: « S'il te plaît, conservons nos habitudes, laissons nos sexes intacts, je veux dire, elle cherche le mot juste: inexcités. Que tout le reste de notre peau soit pour nous source de plaisirs intarissables. Ce sera notre nouveau jeu, si tu le veux bien, non plus de douleurs, mais de délices. »
Mais la mort rôde, et le conte érotique deviendra philosophique, lorsque la peau d'illusion sera rattrapée par le chagrin et le temps.
Avec le talent, l'humour profond et grave qu'on lui connaît, et avec tendresse, Didier Anzieu nous introduit à l'élaboration théorique qui est le corps de l'ouvrage. Excellente introduction à sa pensée, ce recueil est aussi l'occasion de la préciser, de l'articuler avec celle d'Esther Bick et de Bion, et ce qui est peu fréquent, de la confronter aux critiques, aux apports de quelques collègues: Albert Ciccone, Tobie Nathan, et Christian Guérin, ce dernier terminant l'ouvrage comme Didier Anzieu l'a commencé: par un conte.
Si Didier Anzieu accorde volontiers à Esther Bick l'antériorité de sa publication, il nous raconte comment il se passionnait déjà à la fin de ses études pour la pauvreté fantasmatique des malades du service de… dermatologie où il faisait passer des tests projectifs aux patients… et aux médecins. Sa théorisation est en tout cas si profondément intégrée à sa pensée et à son expérience, qu'un des problèmes