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Lorsque Jean-Paul naît, en 1905, son père est malade. Militaire, il a contracté une dysenterie en Indochine, et de plus, semble-t-il, une tuberculose. Le bébé est d'abord allaité par sa mère puis, la maladie du père s'aggravant, il est sevré brutalement vers 9 mois et confié à une nourrice. Il présente alors une désorganisation psychosomatique. Il se meurt de diarrhée, on le sauve in extremis. Il restera longtemps un enfant chétif avec un retard statural dont il souffrira toute la vie.
Quand Jean-Paul a 16 mois son père meurt. L'enfant retrouve sa mère mais c'est une mère morte, selon le concept d'André Green. Paul Denis a souligné dans son rapport que les sujets ayant vécu de tels traumatismes peuvent rechercher un plaisir d'organe, mais qu'ils ont aussi une contrainte de pensée qu'il considère comme une tentative d'emprise intellectuelle sur le vide. Or nous allons voir que pour Jean-Paul le vide, la liquéfaction et la mollesse vont être l'obsession angoissante de sa vie. Il essaiera de colmater cette angoisse par l'écriture.
Le bébé va donc chercher un ancrage, un contenant et il semble qu'il le trouve d'abord dans un développement précoce du langage, il s'agrippe aux mots. Dès 16 mois, d'après des lettres de sa famille, il commence à faire des phrases, à 18 mois il parle déjà très bien.
Après la mort du père, mère et bébé vont vivre chez les grands-parents maternels comme frère et sœur. Ils ont des lits jumeaux dans la même chambre. La vie continuera ainsi jusqu'à ce que la mère se remarie ; Jean-Paul a 12 ou 13 ans. Il va pouvoir enfin s'affronter à un rival, et lorsqu'un jour il est insolent avec son beau-père sa mère lui donne sa première gifle.
Je laisserai ici de côté le matériel œdipien et l'angoisse de castration visibles