You do not currently have permission to view the full text for this document. Please sign in to an account with an active subscription or contact support.
« Voilà déjà longtemps que je n'ai plus envie de venir chez vous. Je ne veux plus vous voir, il ne se passe plus rien — et pourtant si j'imagine que j'arrête l'analyse, je ressens une telle angoisse… comme si j'allais mourir. »
Au-delà des fantasmes — qui se laissent deviner ici — s'exprime ce qui me paraît constituer une difficulté majeure dans certaines cures difficiles : un transfert d'emprise.
Ce type de patients se plaignent de se retrouver constamment pris et repris dans une relation paradoxale : ils se sentent liés inexorablement à un objet qu'ils ressentent cependant comme mauvais, étouffant, nuisible et destructeur pour eux : c'est avant tout une relation d'étayage narcissique vital, qui peut se reproduire intensément dans le transfert ; on se trouve avec eux en deçà de l'Œdipe, l'objet représente une imago toute-puissante par le pouvoir absolu que le sujet lui attribue.
La souffrance s'exprime sur le mode du sado-masochisme. Ils dépendent de l'objet non pour le plaisir ou la douleur subis ou infligés (même si leur part est grande) — mais pour leur cohésion interne, leur existence même.
On touche ici à une particularité de ce type de structure-cas-limite : l'intrication et l'alternance de deux types de fonctionnement différents : le registre de la relation addictive, où joue la loi du tout ou rien, l'exigence d'absolu, le besoin de l'autre pour exister — et le registre névrotique où se jouent les scénarios conflictuels de la névrose, où l'angoisse de castration prend le pas sur l'angoisse du vide. Chez ces patients, des mécanismes de défense de niveau très différent peuvent coexister ; leur structure présente toujours une forme névrotique, c'est-à-dire qu'il leur est possible de vivre leurs conflits psychiques avec des objets internes qui « figurent » le conflit œdipien. Mais cette forme ne tient pas : que ce soit par attaque ou par abandon par l'objet, c'est leur vulnérabilité dans cette relation de dépendance à l'objet qui les livre à la régression.