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Lorsque P. Denis nous invite à penser aux raisons qui ont conduit Freud à reléguer à l'arrière-plan de sa théorie le concept d'emprise, songe-t-il aussi aux raisons qui ont conduit la théorie psychanalytique tout entière à maintenir ce concept dans l'étroite limite d'une activité défensive de contrôle à connotation omnipotente ?
C'est en effet de l'ornière de cette conceptualisation qu'il sort l'emprise pour l'associer au fonctionnement de la pulsion. Ne suit-il pas, ce faisant, le chemin qu'ont emprunté un certain nombre d'analystes de talent qui ont su montrer comment un concept, décrit d'abord sous l'angle de son utilisation dans la pathologie, se tient au fait au fondement de la normalité ?
Je répondrai à P. Denis en trois temps. Les deux premiers traiteront des rapports entre l'emprise et une théorie de l'identification ; le dernier s'appuiera sur sa réflexion pour approfondir ma compréhension d'un phénomène — la somnolence — dont j'ai déjà entrepris l'étude, mais que les idées originales de P. Denis me permettent de mieux appréhender.
Je cite P. Denis : « L'emprise est ce qui dans la pulsion l'articule au monde extérieur. C'est l'élément réalisateur de la pulsion » (IV, 2, A). Et : « La pulsion est une résultante que l'on peut décomposer comme une force en deux vecteurs distincts : l'investissement en emprise et l'investissement en satisfaction » (IV, 1).
J'articulerai ma thèse à celle de P. Denis et considérerai d'emblée que si la satisfaction est évidemment le but de la pulsion, il s'y adjoint, par étayage — à la manière dont les pulsions sexuelles s'étayaient dans la première théorie des pulsions sur les pulsions d'autoconservation —, dans les premiers temps de la