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Ce n'est que longtemps après son « début de carrière » que le terme « cynique » en est venu à désigner des êtres obscènes, des insolents sans scrupules, des dénigreurs de ce qui est beau et noble, des dévastateurs de la morale, des alarmistes annonçant avec satisfaction des catastrophes à venir. Dans la Grèce antique, à la suite d'Anthistène et de Diogène, ceux que l'on nommait Cyniques n'étaient pas des pervers mais des philosophes en rien immoraux, qui cherchaient simplement le bonheur par l'exaltation solitaire de la volonté. Ils critiquaient, certainement, la Société, l'appât du gain, la mode, l'opinion répandue, la pédanterie, le manque de solidarité — non sans insolence —, mais ils s'imposaient à eux-mêmes une vie ascétique. Les Cyniques grecs étaient des philosophes du refus et de la démythification qu'ils poussaient jusqu'aux limites les plus lointaines. Ils opéraient cette remise en question qui est la condition de tout savoir et dont nous sommes assurément les héritiers. Leur opposition radicale les confronta même à un Socrate, qui espérait surmonter les limites de notre intelligence par la « science ». Malgré cela, en rejetant toute concession, ils ont rempli une fonction essentielle : les Cyniques furent les lointains prédécesseurs des philosophes sceptiques des XVIe et XVIIe siècles, les fondateurs de la méthode scientifique. Le scepticisme de Montaigne, celui des empiristes anglais, celui des criticistes et des positivistes leur doivent quelque chose.
Dans la clinique, ces positions, si nous nous autorisons à avancer une équivalence entre un état morbide et une philosophie, rappellent celles de l'obsessionnel, dont le scepticisme constitue l'un des traits essentiels : refus des convenances et du consensus, blâme des mauvaises mœurs, sens critique aiguisé (recherche de la petite bête) et, dans le transfert, objection méthodique des interprétations. L'autre forme de scepticisme, celle du scientifique, n'est pas aisée à distinguer de la première. Cependant