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Contrairement à la thèse soutenue par M. Tomassini (1992), qui fait de la perversion le résultat d'une résolution défectueuse des processus de séparation et de désidentification primaire et qui souligne la non-accession à l'Œdipe, je défends ici l'idée que les scénarios pervers se mettent en place après la puberté, en relation avec l'impossibilité de trouver une issue non pathologique à l'omnipotence infantile. C'est dire que je mets l'accent sur l'adolescence et sur les configurations œdipiennes, dont le rôle m'apparaît déterminant. Comment, en effet, imaginer rendre compte d'un aménagement pervers sans prendre en considération cette évidence que la sexualité infantile n'est pas la sexualité adulte et, plus encore, les conséquences qu'entraîne une telle évidence ?
Avec E. Laufer (1989), je définis la solution perverse comme une modalité d'organisation sexuelle qui repose sur une modification de la réalité, car elle comporte, dans la relation inconsciente du sujet à son corps propre, une distorsion de la réalité de l'image du corps sexué adulte. Une telle organisation peut être l'aboutissement d'une décompensation psychotique franche de l'adolescence ; plus souvent, elle fixe une solution de continuité moins bruyante dans le processus qui doit mener la sexualité de sa forme infantile à sa forme adulte, définitive, et assure ainsi sa permanence.
Freud (1906) assimilait la sexualité infantile à l'infantilisme de la sexualité. On a un peu tendance à l'oublier de nos jours et à idéaliser les soi-disant « délices » de cette sexualité, pourtant marquée par la cicatrice indélébile de la blessure narcissique inhérente au non possumus du corps de l'enfant. La pulsion sexuelle, bridée jusqu'à la puberté, se satisfait dans l'auto-érotisme, où peut aussi se fortifier l'omnipotence infantile mise à mal par le camouflet imposé par la réalité de l'impuissance du corps. Or, l'apparition de la sexualité adulte s'accompagne de l'exigence d'une quête objectale. On ne mesure pas toujours