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Lors de mon travail de psychanalyste avec des patients présentant des manifestations perverses, j'ai été frappée par la multiplicité des significations que chaque manifestation pouvait revêtir chez le même analysant. Cette multiplicité entraînait une telle condensation de sens se référant à des niveaux divers, que j'en suis venue à me demander si ce n'était pas cette condensation elle-même qui caractérisait l'aspect pervers. Lorsque pendant la cure le patient était amené à décondenser cette multiplicité de significations, j'avais parfois le sentiment de vivre une aventure démoniaque : en effet, chaque fois qu'une manifestation perverse du patient paraissait prendre sens et être sur le point de disparaître, nous devions vite déchanter, elle reprenait de plus belle, suscitée par un nouveau mécanisme, et dès que ce dernier était mis en évidence, un autre prenait le relais. Tout se passait comme si, chaque fois que l'on croyait tenir le « responsable », la répétition de la manifestation perverse lui servait d'alibi et un autre suspect sortait de l'ombre.
Pour expliciter le cheminement de ma réflexion je vais partir d'observations cliniques faites chez des analysants qui présentaient, en alternance ou simultanément, des agissements sadomasochistes et des fantasmes de flagellation. Je tiens à préciser que ce n'est pas parce qu'un patient a des fantasmes pervers que je le qualifie de pervers ; ce serait plutôt le contraire, car le patient pervers agit ce qu'il n'est pas capable de contenir psychiquement, et en particulier de fantasmer. C'est pourquoi la présence de fantasmes de flagellation chez mes patients pervers